TDS 2017 : mon aventure UTMB

Comme l’ensemble des chanceux à avoir été tiré au sort pour l’aventure UTMB, cela faisait des mois que j’attendais cet événement. Cela faisait des mois que je m’entraînais pour cela, que l’ensemble des entraînements et même des courses auxquelles j’avais pris part ne servait que de prémisse à cette fête. Et malgré tout ce que j’avais entrepris pour m’assurer la réussite, l’excitation se mêlait à la peur et le doute. Est-ce moi, le petit habitant du plat pays n’avait pas eu les yeux plus gros que le ventre pour ma première course de montagne…

J’étais enfin assis dans ce bus me menant à la ligne de départ. L’atmosphère était d’un calme mortuaire, malgré les 80 aventuriers présent dans le car. Tous fermaient les yeux. Faisaient-ils mine de dormir? Se concentraient-ils? Moi je ne savais pas. Dans mon esprit, ma TDS avait commencé le jour précédent en allant chercher mon dossard à Chamonix. Depuis lors l’excitation et l’impatience m’avait gagné, m’empêchant de fermer l’œil durant la courte nuit. Et ce n’était pas le doux bercement de ce bus qui allait m’aider à fermer l’ œil.

6h du matin sur la place de Courmayeur, enfin l’heure de la délivrance. 1800 coureurs se lancèrent à l’attaque des cimes sur l’air des Pirates des Caraïbes (bizarre…). Et malgré les petites heures du matin la ville italienne s’était réveillée pour nous encourager dans notre périple. Les cris, les cloches ou encore les klaxonnes rythmaient nos pas.

tds3Après une brève traversée de la ville, la première entrée en matière ne tarda pas à montrer le bout de son nez : 8km pour 1200 de D+ jusqu’à l’Arrête du Mont Favre à 2400m d’altitude en passant par le premier ravito . Malgré tout, cette première bosse ne me laissa pas un souvenir de difficulté. Est-ce peut-être parce que j’étais trop captivé par l’atmosphère du moment ? Une bonne dizaine de fois, je me suis retourné pour contempler le millier de coureurs battant le sol à coups de bâtons et de baskets. À ce moment l’excitation se lisait surtout les visages. Et pour embellir encore ce moment, le petit matin commençait à percer les ténèbres de la nuit donnant lieu à des tableaux d’une beauté sans nul autre pareille. Les premiers rayons du soleil caressaient les cimes rocheuses encore lovées dans les nuages.

tds5La descente jusqu’au Lac Combal et, par conséquent, le premier ravitaillement solide ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable. Peut-être parce que j’avais croisé un ami avec lequel j’ai tapé causette.  Où parce que la brume matinale cachait les paysages. Enfin soit. Je savais que la route était encore longue et que bien des difficultés nous attendaient. J’ai donc pris soins de prendre mon temps au ravitaillement, aller aux toilettes, manger du solide et bien boire.

IMG_20170830_095826Après ce premier ravito, le trajet prenait la direction du point culminant de la course: le col Chavanne et ses 2603m. Je pense que ce fut la première difficulté à me faire piquer les quadris. Un long tortillon menant jusqu’à une paroi rocheuse gigantesque. Mais ça valait la peine. Le panorama au sommet était à couper le souffle. Nous avions toute la descente maintenant jusqu’à la petite bosse précédent le col du Petit-Saint-Bernard pour le contempler.

IMG_20170830_135630Le col du Petit-Saint-Bernard, hôte du deuxième gros ravitos et de ma première erreur… Ne jamais boire une boisson isotonique sans savoir si vous la digérez. J’ai bu en abondance de l’Overstim sans savoir ce que je buvais et j’allais le regretter. Je me suis donc lancé dans la longue descente de 15 bornes en direction de Bourg-Saint-Maurice. Quand j’y pense, elle a bien tapé dans les quadris et les articulations cette pente. Une fois passé la descente plutôt bien gérée, j’ai commencé à sentir les nausées me monter dans l’entrée de la ville. Et effectivement, à peine aie-je passé les barrières du ravitos, que je vomissais mes tripes. Plus moyen de boire quoi que soit, ni de manger. Ce qui faisait l’allée avait droit au retour. Pourtant après 20min d’arrêt, il était temps de repartir…

news-tds-7Repartir, et pour quoi ! LA difficulté du parcours : 2000D+ réparti sur une côte longue de 9km. Les nausées ne m’avait pas quittées et des vertiges les avaient rejoints. J’avais prévu 1h30 pour gravir le col de la Forclaz, j’en ai mis 3h40. La chaleur écrasante de la fin de journée mêlée à la fatigue, les nausées, les vertiges et le ras-le-bol n’arrangeait rien. Mais quelle belle machine que le corps humain et surtout la volonté. Il m’était inconcevable d’abandonner. Et j’ai bien fait de serrer les dents. La nuit tombante amena avec elle la fraîcheur. Les nausées s’estompaient peu a peu et le physique reprenait le dessus à l’attaque du passeur de Pralognant. J’ai adoré ce passage, tant à la montée qu’à la descente. La pluie avait accompagné les ténèbres de la nuit rendant l’ascension de ce passage super technique encore plus mythique. Des pierres glissantes, des mains courante et une descente à pic. Nous n’avions plus qu’à nous laisser descendre jusqu’au Cormet de Roselend.

Le Cormet de Roselend, ravitaillement et lieu de pose des dropbag. Le sol était jonché de coureurs somnolent. Après un bon cornet de pâtes, je pris bien le temps de changer t-shirt, short, chaussettes et slip. J’ai tenté, durant 20 minutes, d’imiter mes comparses en rejoignant les bras de Morphée. Mais avec le bruit qui régnait sous cette tonnelle, c’était impossible !

Mon récit de la nuit de course sera bref. La fatigue était présente mais se faisait vite oubliée à la vue du tableau qui se présentait à nos yeux. Un long serpent glissant de ses milles lueurs sur les flancs de montagne. Le millions d’étoiles étincelantes à nul autre pareille, veillant sur les coureurs comme d’ancestrales aïeuls. Ce spectacle ne nous lâchera pas jusqu’au col de la Gitte. Après ça, le vent se leva et se mella à la pluie pour ne plus nous lâcher jusqu’au col Joly.

Le ravito du Col Joly était le dernier de la nuit avant que le petit matin ne se lève. Il précédait la longue descente vers les Contamines Montjoie : 10km et 900D+. Autant vous dire qu’après 86km, ça pique dans les cuisses ! Pourtant, elle n’avait rien de technique et était assez roulante. Je me souviens avoir lâché un peu les chevaux durant la descente. Je ne vais pas vous le cacher, j’étais plus qu’impatient d’arriver au Contamines…

received_934750970006759Là, ma compagne et mon petit loulou m’attendaient. Quel réconfort, après plus de 20h d’effort. De plus ma femme m’attendait avec un plat de pâtes que j’ai englouti en 10min. Cela faisait du bien, surtout que je n’avais rien mangé de solide depuis le Cormet 7h plus tôt. Durant mon quart d’heure d’arrêt, je pu constater que les abandons pleuvaient : ils étaient déjà 531 à avoir baissé les bras. Je vais avouer que milles fois j’y ai pensé. Mais plus à ce moment là. De voir Floriane et Gabriel m’avait rebousté à 150%. Et j’allais en avoir besoin. Bref changement de chaussettes et de t-shirt, et c’était parti pour les derniers 24km.

TDS_2014-_A_col_TricotÀ peine parti des Contamines, que nous rentrions dans le vif du sujet. La côte montant au chalet du Truc était, malgré qu’elle empruntait en grande partie une voie carrossable, était d’une difficulté… Était-ce parce que j’étais à bout physiquement ? Soit! Elle me paru longue et rude. Et pourtant… Ce n’était rien à côté du Col du Tricot. Sans exagérer, quand j’ai vu ce col, je me suis mis à pleurer. La pluie s’était mise à tomber, le vent soufflait à tempête et la température avait brusquement chutée. Je marchais car ma tête me dictait de mettre un pas devant l’autre car mon corps était à bout. La fatigue se lisait sur les visages mais tout le monde avait la niak. Il restait 20km, il ne fallait pas lâcher. Une fois passé le top, nous étions enfin à l’abri du vent. Mais pas de la pluie qui avait transformé le sol en véritable patinoire. La concentration était de mise même si après 100bornes il est totalement impossible de rester focus plus de 5min. Chaque pas devait être sûre pour ne pas glisser. De toute façon, la brume empêchait de voir le paysage donc pas moyen d’être déconcentré par la beauté du glacier de Bionassay ou par la gare de Bellevue.

received_934751310006725Arrivé en bas, aux Houches et son dernier ravito, il ne nous restait plus que 8 km tout plat jusqu’à Chamonix. La fatigue et la douleur ne se faisait plus sentir. La satisfaction avait pris le dessus sur tout ça. L’arrivée dans la cité hôte de l’UTMB, les gens qui vous applaudissements, les émotions accentuent cette dernière. Alors que dire de la dernière ligne droite, du passage sous l’Arche… Je suis finisher ! J’y suis arrivé. J’ai été plus fort que moi même. Je comprends pourquoi, maintenant, pour beaucoup, l’UTMB est l’aventure d’une vie…

Milles bravos aux finisher des 5 courses! Milles mercis aux bénévoles pour leur dévouements et leur passion!

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3 réflexions au sujet de « TDS 2017 : mon aventure UTMB »

  1. très beau compte-rendu, ça nous replonge dans de beaux souvenirs. Pour t’avoir dépassé (mais aussi encouragé) 1/4 h avant le Fort de la Platte alors que tu étais HS, je suis positivement étonné de t’avoir vu parmi les belges finishers !
    Tu avais déjà récupéré de tes déboires digestifs avant le Passeur, car moi y passant aussi dans le noir cela m’a foutu la trouille (faut dire qu’on en a vu 2 s’y casse la gueule).
    petite précision, pour ne pas que les lecteurs croient avoir Altzheimer : le col avant de descendre sur les Contamines, c’est le Col Joly ! Sinon tu passerais 2 fois sur le même col…

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  2. […] Mais toutes ces balades de santé dans les frontières belges n’étaient qu’un entraînement pour la course qui allait être mon objectif de la saison 2017 : la TDS ( Traces des Ducs de Savoie). Je me payais le luxe d’un rendez-vous UTMB pour ma première course de montagne. Alors que le stress et l’incertitude me hantaient depuis le tirage au sort, sur la ligne de départ à Courmayeur, seul le plaisir et l’envie d’en découdre subsistaient. Ce fut une réelle claque. Les montagnes étaient majestueuses, l’atmosphère enivrante et l’ambiance unique. (compte rendu ici) […]

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