L’Ultra Di Corsica – Le Restonica Trail

La Corse. Île de beauté. Pour beaucoup, la Corse signifie plages de rêve, des indigènes au caractère bien trempé et du saucisson d’âne. Mais pour nous, les traileurs, cette île signifie GR20, montagnes escarpées et paysages à vous fracturer la rétine. Voilà pourquoi, j’ai décidé, début de l’année, de me lancer sur la grande distance du Restonica Trail.

L’Ultra Di Corsica c’est 110 kilomètres pour 7450 mètres de dénivelé positif. Jusque là, mis à part à part la distance, le dénivelé et la chaleur, la difficulté ne parait pas extrême pour un Ultra. Mais il s’agit là d’une idée arrêtée bien erronée. La Corse, elle se mérite et chaque pas est une aventure. Le maquis vous lacère les jambes, les cailloux vous tordent les articulations, les dénivelés sont vertigineux et technique! Et ça j’allais très vite m’en rendre compte…

Le départ de la course est donné du Cours Paoli à 23h le 5 juillet dernier. Le choix de cette heure tardive est assez compréhensible. Cela nous permettait de partir de nuit et d’ainsi éviter une bonne partie du parcours sous le cagnard Corse. Le plateau de coureurs était assez varié: des jeunes, des plus agés, des hommes, des femmes, des Français, des Belges, des Néo-zélandais, des Américains et… Des Corses! Les indigènes étaient présents en force pour le seul ultra de l’île. Malgré tout, j’arrive à retrouver quelques uns de mes compatriotes comme Michel et François.

Nous voilà parti! La délivrance… Le public est de feu. Ils sont partout, sur du Cours Paoli, jusqu’à la citadelle  et au début de la côte vers Padule (PC1). Véritable mise en bouche, la montée vers Padule nous faisait prendre 1300D+ en à peine 6 kilomètres. Elle était constituée de beaucoup de caillasse et rochers. Il nous est même arriver de devoir replier les bâtons pour escalader quelques rochers. Pour parler des bâtons, je serais incapable de vous dire si ils m’ont vraiment servi durant la course tant le terrain était technique. Je me souvient avoir rongé mon frein durant toute la côte. Je pensais sans cesse à la suite de l’aventure. Les Corses montent fort, très fort! Mais une fois arrivé sur le top à Bocca Canaglia, je me rends très vite compte que le plat et les descentes ne sont pas leur fort.

profil - 1 Padule

La fraîcheur de la nuit et la descente vers Boniacce (PC2) sont une bénédiction après la première ascension. Je me permets même d’allonger et d’augmenter l’allure sans pour autant me cramer. La tendance s’inverse, suite à la montée ou je me faisais déposer et je dépasse 10, 20, 30 coureurs. Je me sens bien! Je suis bien dans ma tête, bien dans mon matos, bien dans mon corps et je prends mon pied!

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profil - 2 Boniacce

Une fois arrivé dans le fond, nous remontons sur le refuge de la Sega. Le parcours devient marrant en se transformant en single serpentant entre les pins Laredgio (endémique de l’île) et jouant avec les gués des ruisseaux jusqu’à Pinadellu (PC3). Et au fur et à mesure que nous montions les pins disparaissaient pour laisser place au maquis, roches et vaches. Ce moment était magnifique car les premières lueurs du jour pointaient leur bout du nez.

Mais restons vigilant car la première descente technique (4km et 700D-) vers Calacuccia se présente à nous. Mes Salomon Sense Pro Max font leur boulot à merveille grâce à leur accroche et leur amorti. Je prends mon temps pour ne pas trop hypothéquer mes articulations. Car même si le profil et la longueur n’ont rien d’extraordinaire, la caillasse nécessite une attention de tous les instants. Je ne vise quand même pas un temps mais juste d’être finisher. A la moitié de la descente, j’éteins ma lampe. Les premières lueurs du jour deviennent assez forte que pour bien distinguer le chemin. S’en suit quelques kilomètres de macadam sans important pour longer le lac vers Calacuccia.

Le ravitaillement de Calacuccia représente le premier gros ravitaillement de la course (PC4). En y passant à 6h40 du matin, j’y passe avec une avance confortable de 3h20 sur la barrière horaire. Mon papa m’y attend pour me ravitailler et une fois n’est pas coutume, je décide de prendre mon temps. Je change de t-shirt, de chaussettes, de short. J’enfile ma casquette et me badigeonne de crème solaire. J’engloutis même une tartine de Nutella, une tranche de Copa, une petite soupe et du coca. Vive le menu! Mon papa me rempli mes flasques, me recharge en barre et gel. Il est temps de retourner au combat!

profil - 3 Calacuccia

Et l’assaut que je m’apprête à entreprendre est sans doute le plus difficile de cet UTC : 10 kilomètres et 1800 de D+. L’ascension du majestueux Monte Cinto! il ne s’agit pas du mince affaire et pourtant, je suis à mille lieux d’imaginer la difficulté de ce tronçon. La première partie de l’étape n’est pas difficile en soit car, mise à part le D+ qui reste accessible, cette dernière n’est formé de quelques passages sur route, de traversée de maquis, de chemin bien tracé et de piste  pour 4X4. Et puis la vue sur la vallée est magnifique!

Une fois passé le refuge de l’Erco, cela devient une toute autre affaire. Il reste à peine 2,5 kilomètres à parcourir mais 1000m de D+ à gravir avec pour commencer un chemin qui ressemble à s’y méprendre à un éboulis de roches et de pierres. Le soleil commence à taper et les réserves d’eau s’amenuisent dangereusement. Le visage des coureurs commence à se fermer et se crisper. On se prend même à poser une fesse sur le coin d’un cailloux en plein cagnard. Mille fois, je me suis dit : « Allé plus que 300 de D+ ». Pourtant le sommet semblait s’éloigner sans cesse. Jusqu’à la partie délicate de l’ascension : l’escalade. Le vide est vertigineux et je puise de trop dans mes réserves. Pour ne rien arranger, les allés et venues de l’hélicoptère d’assistance nous oblige à couper notre élan. Mais nous y voilà! Après 4 longues heures de marche et d’escalade. Le toit de la Corse!

Encore une fois je décide de prendre mon temps au sommet. Le ravitaillement (PC5) est sommaire mais suffisant. Les bénévoles sont attentionnés et nous chouchoutent. Ils rechargent mes réserves d’eau à fond, me proposent une assiette complète et  je me permets même d’enfiler quelques tranches de Copa dans ma veste. Oui ma veste car en prenant de l’altitude, malgré un ciel dénué de nuage, le vent s’était bien levé et la température avait chuté. La montée vers le Cintu m’aura coûté 1h30 sur la barrière. Mais le jeu en valait la chandelle : la vue à 360°  sur la Corse et la Méditerranée est majestueuse.

profile - 4 cintu

Après 20 minutes d’arrêt, je décide de repartir. J’ai fait le plein de motivation et la route est encore longue. Après un petit passage sur le sommet voisin au Cintu, nous entamons notre furieuse descente vers Ballone (6 kilomètres et 1400 de D-). Si cela vous parait pentu, cela n’est rien a coté de la nature du terrain! Ce dernier est constitué sur 3,5 kilomètres d’éboulis où chaque pierre est aussi instable l’une que l’autre. Si vous avez un moment d’inattention, c’est le drame! Et arriva, ce qui devait arriver… Un pied mal placé, une glissade et mon genou qui se dérobe. S’en suis une longue glissade sur 10-15 mètres. Mon genoux est douloureux, je me remets sur mes pieds et repart. Nous avons rejoin le célèbre GR20 et pourtant, le sentier s’apparente à un parcours du combattant. J’admire ces randonneurs qui le font avec leur énorme sac sur le dos. Les 2 derniers kilomètres sont un mélange d’énorme rocher, de traversée de maquis et de passage à gué. Impossible donc de courir! Mais la difficulté et la douleur se font vite oublié quand on lève la tête. Les paysages et la vallée sont magnifique!

Une fois arrivé à Ballone (PC6), nous sommes accueilli comme des rois par des bénévoles en or! Ils nous propose un siège, ils nous remplissent nos gourdes, changent nos chaussettes et nous nourrissent. Le ravitaillement est complet, l’ambiance est bon enfant ce qui nous procure une fois de plus, un véritable coup de fouet. Je jette un rapide coup d’œil à mon matos. Mais chaussures en ont déjà pas ma bavé et cela ne m’étonnerait pas que je doive les jeter à la fin du périple. Suite à ma chute,  un peu plus tôt, mon genou me fait mal mais c’est supportable. Je décide donc de reprendre chemin.

Un autre gros morceau de cet Ultra Di COrsica se profile à l’horizon : La montée vers le Refuge de Ciottulu Di I Mori (PC7), le plus haut de Corse. La fatigue commence à se faire sentir, la douleur aussi. Ma motivation commence à me glisser entre les doigts au fur et mesure que le tracer devient complexe. De chouette single, le chemin est devenu un amas de pierre et rocher qu’il faut gravir. Je me fais dépasser… Encore une fois. Arrivé au sommet et au refuge, la météo est plus fraîche et le beau ciel bleu a laissé place à un voile nuageux caressant la crête.

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Le ravitaillement au refuge de Ciottulu Di I Mori n’était constitué que d’une fontaine à eau. Voilà pourquoi, je décide de ne pas m’y attarder. C’est à partir de ce moment là que ça a commencé à devenir plus compliqué pour moi. Le chemin qui descendait le long du Golo vers la Bergerie du Radule était assez cassant. Les pierres qui jonchaient le chemin rendait le parcours très technique et contraignant pour les articulations. Du coup, mon genoux prenait de sérieux coups et devenait, pas après pas, très douloureux. Mon papa me rejoignit sur le faux plat montant dans la forêt de Valdu Niellu menant vers le Col de Vergio où ce trouvais le PC8. Et malgré le fait qu’il soit là pour me tirer, ma progression ralentissait de minute en minute.

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profile - 7 Vergio

Malheureusement, il y a moment ou il faut se faire une raison. 2 heures pour faire 3 malheureux kilomètres. Un genou qui lance et qui fait mine de se dérober à chaque pas. Je n’ai eu d’autres choix que de jeter l’éponge. Et pourtant, je n’ai aucune colère. La Corse a tout simplement été plus forte que moi et beaucoup d’autres participants. L’île de beauté se mérite. Et nombreux sont ceux qui ont dû revenir une deuxième fois pour réussir.

Mon seul petit regret est je n’aurai pas eu l’occasion de passer par le lac Ninu, les Potzines et la vallée de la Restonica. Maigre consolation, j’y serai passé 3 jours plus tôt pour la reconnaissance du parcours.


Comparativement à la TDS que j’ai faite l’année passée, l’UTC est clairement un cran au dessus : plus technique et plus cassant. Beaucoup m’ont dit: « 110 kilomètres ici, ça vaut 140 autre part ». Je ne les contredirai pas! L’Ultra Di Corsica n’est pas un trail à envisager comme premier utra. Mais ce que je retiendrai, c’est une organisation au top avec des bénévoles en or, des paysages fabuleux, hostiles et un ultra à taille humaine qui fait du bien.

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Un immense bravo à tous les participants, finishers ou non, aux bénévoles et à l’organisation! Un grand merci à mon papa pour le suivi de course et son rôle de pacer! Et pas de doute… Je prendrai ma revanche!

PS: En Corse… On ne fait pas du saucisson d’âne!

Matériel Utilisé : 

  • T-Shirt : Trail Hysteria by Kom Addict
  • Short : Salomon Fast Wing Twin Skin
  • Chaussettes : Compressport Pro Racing Socks Ultralight Run Low V2.1
  • Chaussures : Salomon Sense Pro Max
  • Veste : The North Face Flight Series Fuse
  • Montre : Garmin Fenix 3HR
  • Casquette : Snap Back Trail Hysteria
  • Hydrobag : Salomon Sense Ultra 8
  • Bâtons : Leki Micro Trail Pro
  • Frontale : Petzl Reactik+
  • Lunette : Siroko Tech K2

 

 

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3 réflexions au sujet de « L’Ultra Di Corsica – Le Restonica Trail »

  1. Super récit! 😃👍🏻
    C’est super de prendre le temps de partager sa course. C’est ce genre d’histoire que j’ai recherché après mon inscription à l’UTC.
    Dommage que la blessure au genou t’ai autant handicapé et empêché de finir…
    Bon courage pour l’année prochaine!
    Christophe dossard 47 (et Seb dossard 34)
    (On a fait une partie de la montée vers Ciottulu du Mori ensemble 😉)

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    1. Salut François ! Indigène est moins d’être un terme péjoratif, il désigne juste quelqu’un habitant la région en question. Par exemple, je suis indigène de la Belgique :-). Et cela n’empêche nullement d’avoir le caractère bien trempé 😛 Forza Corsica !

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