Le Dernier Homme Debout

Cela faisait déjà quelques jours, voir quelques semaines que je m’impatientais. Il y avait longtemps que je n’avais plus été dans cet état là avant une course. La dernière fois, c’était juste avant la TDS en 2017. Peut-être est-ce parce que c’était la première course de la saison 2019 et que 2018 avait été désastreuse. Peut-être parce que je savais que ce rendez-vous était impitoyable et que ma participation de l’année passée avait laissé des traces. Peut-être… Le Dernier Homme Debout. Ce nom sonne comme une sentence, une aventure de laquelle on ne revient pas  indemne.


Ma participation à la première édition m’avait laissé un goût amer. Celui d’une préparation bâclée, d’un rendez-vous manqué. Pourtant, j’en gardais un merveilleux souvenir, celui d’un concept unique et conviviale. Un  vrai moment de partage avec les potes et l’organisation. C’est ce pourquoi, je n’ai pas hésité une minute avant de m’inscrire à la seconde édition.

Mais cette fois, pas le droit à l’erreur. La préparation fut minutieuse tant au niveau matériel qu’au niveau des entraînements et ce malgré le peu de temps que je pouvais y consacrer.

Jour de course…

La météo des deux semaines précédent la course avait été désastreuse. Les pluies diluviennes avaient gorgé le sol d’eau et les bourrasques avaient transformé les paysages forestiers. Cette situation n’était pas de bonne augure pour les coureurs du Dernier Homme Debout. Et pourtant, comme si le tout puissant avait entendu les prières des 382 guerriers et guerrières, la pluie a cessé et le vent s’est essoufflé le jour venu. Le ciel était, certes, couvert mais sec et 12 petits degrés pointaient le bout de leur nez.

A mon arrivée, peu de concurrents avaient pris possession de la drop zone. Le nombre de bancs mis à disposition avait été multiplié d’un tiers par rapport à l’année précédente. Et puis, peu à peu, les concurrents arrivèrent donnant lieu à des scènes de retrouvaille de début de saison, de sourire entre potes et d’euphories. Mais autre chose était perceptible dans les yeux de chacun, le doute et l’impatiente.

C’est assez marrant de voir le nombre de gens qui avait vu ma vidéo sur « Quel matos pour le Dernier Homme Debout? » et qui mettaient en pratique cette dernière. Les armoires en plastique à tiroirs pullulaient dans la drop zone et les concurrents semblaient mieux préparé que l’année précédente.


11h50, heure de liberté ! Nous sommes presque 400 à nous élancer vers l’enfer. Et pour éviter les goulots de l’année dernière, nous avions décidé moi, Cédric et Xavier de nous élancer à l’avant, quitte à nous faire dépasser pendant le tours, en théorie… Paris gagnant! Durant ce tours nous n’avons jamais été ralenti.

Le parcours avait été repris trait pour trait de celui de l’année passée à l’exception d’une nouvelle chicane pour éviter tout ralentissement dans les premiers single track du parcours. Même si nous profitions d’une météo plus clémente que les jours précédents, les intempéries avait laissé des traces pour notre plus grand plaisir. A peine 500 mètres après le départ, le chemin s’était transformé en piscine nous obligeant à courir avec de l’eau jusqu’au genoux. Plus tard sur la boucle, après la première côte, c’était la boue qui jouait les troubles faite nécessitant une attention de tout instant. Et malgré, les crampons de mes Sense Pro 3 cela restait délicats.

DHD

Ci-dessous : boucle du Dernier Homme Debout en accéléré par Simone Chiaretta

L’euphorie ayant pris place la place du doute et du stress, nous nous sommes laissé allé sur ce premier tour. Peut-être un peu trop car nous l’avons bouclé en 47 minutes. Pas grave, ça me laisse le temps de boire, de manger et surtout d’enfiler mes Speedcross 5. Je préférais user de l’énergie à avancer plutôt qu’à ne pas glisser.

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© Louis Marechal Photography

Sur les 2ème, 3ème et 4ème boucle, je me suis efforcé de trouver un rythme de croisière : pas trop vite pour ne pas me fatigué et pas trop lentement pour garder du temps en fin de tours. J’avais tombé le coupe vent et chaussé mes gros crampons dès le deuxième tours. Bon calcul, je ne devais plus me soucier du terrain. Mon seul petit problème fut ma semelle de propreté qui se recroquevillait dans le fond de ma chaussure. Une fois gorgée d’eau, elle avait perdue toute sa rigidité. Ce contre temps fut vite résolu en interchangeant les semelles de mes SpeedCross et de mes Sense Pro. Etre traileur, c’est aussi être débrouillard.

Alors que nous avions couru 4 tours en trio, nous perdions Cédric dans le 5ème tours. Dommage, notre petit groupe me plaisait bien. Le nombre de concurrents fondait à vue d’oeil. Tant mieux, cela nous laissait plus de liberté pour les prochains tours.

Après 6 tours et par conséquent 6 heures de course, j’avais déjà changé 4 fois de paires de chaussettes, 2 fois de slip et 2 fois de haut. Les heures qui défilaient ne semblaient pas me fatiguer. Nous tournions les tours sans trop de mal. Je prenais du plaisir et c’était le principal. Seul une petite tension au psoas me titiait en montée…

Départ du 7ème tour, un dilemme se pose. La pénombre commençait à pointer le bout de son nez. Alors dévions-nous déjà emmener notre frontale? Finalement, je décidais de partir sans et de la laisser pour le tours suivant. Bizarrement, le terrain avait commencer à sécher et le passage répété des coureurs ne semblait altérer outre mesure les chemins. Une seule chose me faisait un peu peur : cette tension toujours plus vive à mon psoas.

Au vu de l’évolution de cette douleur, j’hésitais à prendre le départ de la 8ème boucle. J’étais encore très frais physiquement et seul cette douleur à l’haine faisait ombre au tableau. Tant pis! Je prends le risque! J’enfilais ma frontale sur le crâne et prenait le départ de ma 8ème boucles. Mais j’allais vite déchanter. Il m’était impossible de courir. La douleur était insoutenable. Pas grave, je continue malgré tout. Malheureusement, le Dernier Homme Debout ne laisse aucune place aux défaillances et je savais très bien que je n’arriverais pas à temps. Cela n’avait plus d’importance, je voulais terminer ce tours pour tout ces bénévoles grâce à qui cette course était possible. Je voulais continuer pour pouvoir dire : « j’ai couru une boucle de nuit ».

Je me suis vite retrouvé seul durant cette dernière boucle. Seul Sylvain du blog UltraTrotter vint me tenir compagnie à la fin de la première côte. Il avait décidé de partir 10 minutes après tout le monde. Chapeau à lui. Et puis arriva la deuxième partie, le nerf du problème, livré à moi-même. Et avec un psaos douloureux c’est carrément un calvaire qui commence où chaque montée est un supplice et chaque descente est une torture. Bref, il me faudra près d’1h20 pour clôturer ce tour… Hors délais.

Bref, le Dernier Homme Debout restera une des courses les plus dure à ce jour. Elle peut vous user physiquement, vous lasser mentalement, vous pousser dans vos retranchement et ne laisser passer aucune faiblesse.

Et même si j’ai fais 4 tours de moins que ce que je m’étais fixé, je suis content. Je suis content car, hormis la faiblesse de mon psoas, physiquement j’étais capable de faire bien plus de tours. Ce qui augure une bonne année à venir.


Pour finir, le Dernier Homme Debout sera Paul Meurice avec 20 boucles au compteurs et du coté des femmes C’est Geraldine Cornet avec 12 tours. Bravo à eux!

Mais ce n’est pas ça qu’il faut retenir. Ce qu’il faut retenir c’est que 382 coureurs et coureuses sont arrivés au bout de leur périple, chacun à son niveau. Qu’ils aient fait 2, 4, 9, 16 ou 20 tours, chacun a donné le meilleur de soit même pour arriver au bout de sa propre course avec ses propres moyens. Bravo donc à tous les participants.

Et merci. Merci à David Bertrand et ses comparses de nous avoir concocté une rendez-vous comme celui-là. Nous retiendrons une communion pleine de passion, de rires, de soutiens et d’amis, réalisée de mains de maître!

A l’année prochaine!

PS : Merci à  Geoffrey Meuly Photography pour la photo de bannière

Vidéo de la course :

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